Sans club mais pas sans attaches

Ils ne sont affiliés à aucun club mais participent à la plus grande compétition africaine de football. En recherche d’emploi, dans une mauvaise passe, en fin de contrat depuis peu, préretraités ou déjà reconvertis, ils retrouvent une équipe et les terrains à l’occasion de la 31e édition de la Coupe d’Afrique des Nations, au Gabon.

Anthony Mfa Mezui (25 ans, gardien, Gabon)

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Anthony Mfa Mezui a évolué dans les équipes du FC Metz de 2002 à 2016.

Formé à Metz, il y fait toutes ses classes et intègre le groupe pro en 2010, après avoir remporté la Coupe Gambardella. Il est numéro 1 alors que le club évolue en Ligue 2 et participe à la montée en Ligue 1 en 2014. Le FC Metz redescend l’année suivante, il ne fait alors plus partie du projet. Durant la saison 2015-2016, il est prêté au RFC Seraing, en deuxième division belge, avant que son contrat ne se termine en juillet.

Pendant cette CAN, il est troisième dans la hiérarchie des gardiens chez les Panthères, derrière Didier Ovono (33 ans, KV Ostende, D1 belge) et Yves Bitséki (33 ans, CF Mounana, D1 gabonaise).

Emmanuel Adebayor (32 ans, attaquant, Togo)

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A trente-deux ans, Emmanuel Adebayor est à la recherche de son huitième club.

On ne compte plus les clubs prestigieux par lesquels l’attaquant togolais est passé : Monaco, Arsenal, Manchester City, Real Madrid ou encore Tottenham. Sans club depuis juillet, après une dernière pige de six mois à Crystal Palace, il est pressenti pour s’engager avec Lyon à la trêve estivale. L’opération est finalement avortée. Il déclare par la suite avoir refusé l’offre lyonnaise car le contrat proposé l’aurait empêché de participer à la CAN avec son pays.

Pendant cette CAN, il est titulaire à la pointe de l’attaque de la sélection togolaise.

Kossi Agassa (38 ans, gardien, Togo)

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Le vétéran a évolué une grande partie de sa carrière sous les couleurs du Stade de Reims.

Sa carrière connaît un véritable rebond au Stade de Reims en 2008, où il grappille du temps de jeu puis finit par gagner une place de titulaire au cours de la saison 2010/2011. L’année suivante, Reims valide son ticket pour la Ligue 1 notamment grâce à une saison exceptionnelle du portier. Après quatre saisons dans l’élite du football français et à un an du terme de son contrat, alors que le club vient de redescendre, le gardien togolais reçoit une proposition de résiliation de la part de ses dirigeants. Attendu pour une pige à l’US Granville (CFA) en septembre 2016, Kossi Agassa reste finalement sans club.

Pendant cette CAN, il est titulaire dans les buts des Eperviers, devant Cédric Mensah (27 ans, Le Mans, CFA 2) et Baba Tchagouni (26 ans, FC Marmande, CFA 2).

Bocundji Ca (30 ans, milieu, Guinée-Bissau)

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Bocundji Ca a porté le brassard de capitaine des Djurtus pendant cinq ans.

En douze ans, Bocundji Ca a beaucoup voyagé, de la Ligue 1 (Nantes, Nancy, Reims) à la Ligue 2 (Tours, Châteauroux, Paris FC). Et puis, il y a un an, le 15 janvier 2016, sans le savoir, il a joué son dernier match en club face au Havre. Alors sous les couleurs du Paris FC, il est remplacé à la 60e minute par Ech Chergui. Capitaine de la sélection bissau-guinéenne ces cinq dernières années, quand en fin de contrat, l’été dernier, il n’a trouvé aucun club qui accepte de le libérer pour les matches de Coupe d’Afrique, il a décidé de ne signer nulle part et de rester libre, jusqu’à la CAN.

Pour le début de cette CAN, il est remplaçant, concurrencé au milieu par Francisco Junior (25 ans, Stromsgodset, D1 norvégienne), Nanissio (25 ans, Gil Vicente, D2 portugaise) ou Toni Silva (23 ans, Levadiekos, D1 grecque).

Papa Massé M’Baye Fall (31 ans, gardien, Guinée-Bissau)

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Le « vétéran » des Djurtus est aujourd’hui entraîneur.

Ce Sénégalais de naissance, Bissau-guinéen d’adoption a été appelé à jouer le tournoi africain avec les Djurtus. S’il a rejoint la sélection en juin, habituellement il ne joue dans aucune équipe. Son job est d’entraîner les gardiens du club régional andalou d’Aguadulce Sports, situé dans la petite ville de la province d’Alméria, Roquetas de Mar. Il a auparavant gardé les buts de plusieurs clubs andalous comme City Vícar ou Las Norias, ainsi que du SV Meppen Union, club de division régionale allemande. Il est le seul joueur de l’équipe nationale bissau-guinéenne de plus de trente ans et son état d’esprit ainsi que ses aptitudes à motiver ses partenaires sont un plus pour cette jeune nation.

Pendant cette CAN, il est troisième dans la hiérarchie des gardiens chez les Djurtus, derrière Jonas Mendes (27 ans, Sport Club Vianense, D3 portugaise) et Rui Dabo (22 ans, Cova da Piedade, D2 portugaise).

Isaac Isinde (25 ans, défenseur, Ouganda)

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Le contrat d’Isaac Isinde s’est terminé au mois de décembre.

Son contrat arrivant à terme, aucun accord n’ayant été trouvé pour une prolongation, son club de St George FC (Ethiopie) le libère en décembre 2016. En cinq ans passés au club, il remporte 4 titres de champion et une coupe nationale. Il a décidé de se concentrer sur la CAN avant d’étudier toutes propositions de clubs.

Pendant cette CAN, il est titulaire au sein de la défense de la sélection ougandaise, évoluant dans la position de défenseur central.

M.R

 

 

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Douze destinations où passer l’hiver au chaud en Europe

Champions incontestés dans leur pays (FC Copenhague, Celtic Glasgow, Dudelange, The New Saints), outsiders en quête d’exploit (FK Kukësi, Hoffenheim, HNK Rijeka, Europa FC, FC Differdange, Basaksehir), clubs historiques de retour sur le devant de la scène (Real de Madrid, Chakhtior Donetsk), ils ont la particularité d’avoir terminé l’année invaincus. Focus sur les douze forteresses imprenables des championnats de première division européens.

Albanie : FK Kukësi (18 matches, 9 victoires, 9 nuls) – 1er / 10

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Le FK Kukësi avant une rencontre d’Europa League face à l’Austria Vienne.

Cinq ans seulement après avoir rejoint l’élite du football albanais, le club basé à Kukës, ville isolée du nord-est du pays sur la route du Kosovo, joue les premiers rôles. Après avoir débuté par quelques exploits dès sa première saison en Super League, avec une demi-finale de coupe d’Albanie et une seconde place en championnat, le FKK atteint la finale de la compétition les trois années suivantes et termine toujours sur le podium. 2016 est l’année de la consécration. Le FK Kukesi remporte enfin la coupe nationale et accroche même la Supercoupe. Le club est invaincu à la trêve hivernale et compte un bilan de neuf victoires, dont huit à domicile et neuf matches nuls, dont huit à l’extérieur, en dix-huit journées. Premier, le FKK devra se méfier du Partizani Tirana, qui le suit à la trace, un point derrière et du sextuple champion d’Albanie en titre, le Skënderbeu Korçë, troisième, à quatre points.

Météo actuelle : ensoleillé puis nuageux en fin d’après-midi (-15°).

Prochain match le 21 janvier contre Vllaznia (6e).

Allemagne : TSG 1899 Hoffenheim (16 matches, 6 victoires, 10 nuls) – 5e / 18

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Le milieu de terrain allemand Nadiem Amiri (20 ans) est l’une des promesses du club.

Si le duel entre le Bayern Munich, champion en titre, et le promu Leipzig fait l’objet de toutes les attentions, il faut se rendre dans la région de Stuttgart, dans une petite bourgade de 3000 habitants nommée Hoffenheim, pour voir jouer la seule équipe encore invaincue en Bundesliga cette saison. Une série de seize matches sans défaite pour le tout jeune entraîneur Julian Nagelsmann (29 ans) et ses hommes, grâce à un record européen de matches nuls. En effet, cette saison, Hoffenheim a partagé les points à dix reprises. Une série de résultats nuls qui explique la cinquième place des Bleu et Blanc. Ces derniers ont bien du mal à conserver le score jusqu’au coup de sifflet final. Ils ont été rejoints lors de six rencontres, trois fois en toute fin de match. Pire, en trois occasions les hommes de Nagelsmann ont abandonné deux points alors que leurs adversaires ont été réduits à dix assez tôt dans la rencontre. Des défaillances qui ne doivent en rien dévaluer la performance d’une équipe qui s’appuie en grande partie sur sa formation et de jeunes éléments tels que Niklas Sule (21 ans) ou Nadiem Amiri (20 ans).

Météo actuelle : ciel couvert (-10°).

Prochain match le 21 janvier contre Augsbourg (12e).

Croatie : HNK Rijeka (20 matches, 16 victoires, 4 nuls) – 1er / 10

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Frank Andrijasevic félicité par son coéquipier du HNK Mario Gavranovic.

Nous voyageons chaque année en Croatie via la Ligue des Champions et n’avons l’occasion de visiter que sa capitale, Zagreb. Après son zéro pointé dans la plus grande compétition européenne cette saison (Six défaites, aucun but inscrit), le Dinamo Zagreb semble également marquer le pas en championnat. Et c’est son principal concurrent cette saison, le HNK Rijeka, qui en profite. Premier et invaincu, avec un matelas de six points sur son dauphin zagrebois, après avoir terminé second ces trois dernières saisons, le HNK n’entend pas laisser passer sa chance cette année. Troisième ville du pays, derrière Zagreb et Split, Rijeka pourrait voir pour la première fois son nom inscrit au palmarès de la MAXtv Prva HNL. Pour cela, le HNK compte sur son duo infernal, Franko Andrijasevic-Alexander Gorgon, auteurs de seize buts à eux deux.

Météo actuelle : ensoleillé ( -6°).

Prochain match le 18 février contre Osijek (3e).

Danemark : FC Copenhague (21 matches, 16 victoires, 5 nuls) – 1er / 14

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Malgré le froid, l’ambiance est souvent très chaude au Telia Parken de Copenhague.

Avec onze points d’avance sur leur éternel rival et voisin Brøndby, qu’ils affronteront assez sereinement à la reprise en février lors du New Firm, les Copenhaguois survolent la Super Liga. Le club de la capitale du Danemark qui a fondé son palmarès dans les années 2000, avec pas moins de dix titres remportés lors des seize dernières saisons, est resté invaincu lors des vingt-et-une premières journées du championnat 2016-17 ! Bonus de fin d’année : après s’être très bien comporté en Ligue des Champions, finissant 3e avec neuf points, derrière Leicester et le FC Porto, les Copenhaguois ont été reversés en l’Europa League. Si les Danois peuvent compter sur une attaque très complémentaire pour aller chercher un nouveau titre national, avec pas moins de sept joueurs ayant inscrit de quatre à six buts, dorénavant ils devront faire sans leur capitaine emblématique, Thomas Delaney, qui a rejoint le Werder de Brême cet hiver.

Météo actuelle : ciel totalement couvert (0°).

Prochain match le 19 février contre Brøndby (2e).

Ecosse : Celtic FC (20 matches, 19 victoires, 1 nul) – 1er / 12

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Moussa Dembélé a encore fait des misères à la défense des Rangers.

Et si le Celtic, invaincu depuis le début de la saison, tombait pour son tout dernier match de l’année, un 31 décembre, à l’occasion du Old Firm, éternel derby de Glasgow, face au rival des Rangers ? Et bien non, pas de fin dramatique à la série des Vert et Blanc. Pas de fin du tout. Dix-neuvième victoire des hommes de Brendan Rodgers en vingt rencontres. Seul petit regret de ce parcours presque parfait, deux points oubliés en route face à la lanterne rouge de Scottish Premiership, Inverness. Mais septembre est déjà loin et le Celtic peut se targuer d’avoir remporté une folle série de 7 matches au mois de décembre, avec des rencontres programmées tous les 3 jours. Avec 19 points d’avance sur les Rangers, deuxièmes avec un match de plus, le Celtic Glasgow et Moussa Dembélé courent vers un sixième sacre consécutif.

Météo actuelle : Ciel couvert et pluies faibles (8°).

Prochain match le 25 janvier contre St Johnstone (5e).

Espagne : Real Madrid CF (16 matches, 12 victoires, 4 nuls) – 1er / 20

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Seulement deux défaites depuis qu’il est arrivé sur le banc du Real, il y a un an.

Le Real Madrid de Zidane a conclu l’exercice 2015-16 en remportant une onzième Ligue des Champions (face à l’Atlético de Madrid, 1-1, 5-3 t.a.b). Il a entamé la saison 2016-17 sur le même rythme avec une victoire en Supercoupe d’Europe (face au FC Séville, 3-2), puis a terminé l’année civile avec un succès en Coupe du Monde des Clubs, au Japon (face au Kashima Antlers, 4-2). Le tout en enchaînant une série de 37 matches sans défaite, toutes compétitions confondues. A la trêve, le Real de Madrid est installé en tête de la Liga, avec trois points d’avance sur le FC Barcelone et un match en retard à disputer contre un FC Valence, bien mal en point. Dire qu’après quatre matches nuls en septembre, la presse ibérique avait comme un doute. Trois mois plus tard, une invincibilité préservée et un trophée de plus dans la hôte du père Zidane le font élire homme de l’année. On oublierait presque que le dernier titre de champion des Merengues remonte à cinq ans.

Météo actuelle : ensoleillé (8°).

Prochain match le 15 janvier contre le FC Séville (2e).

Gibraltar : Europa FC (11 matches, 10 victoires, 1 nul) – 1er / 10

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Comme ses neuf concurrents de Premier Division, Europa FC évolue au Victoria Stadium.

Quelle est la particularité du championnat de Gibraltar ? De par la faible superficie de l’état et son manque d’infrastructures, tous les clubs sont domiciliés dans le même stade : le Victoria Stadium, enceinte minimaliste de 5000 places, collé aux pistes de l’aéroport. Résultat, les cinq matches de chaque journée ont lieu au même endroit et sont étalés sur 4 jours. La pelouse souffre en attendant l’inauguration, prévue cette année, d’un stade flambant neuf à la pointe méridionale du pays. Une contrainte de l’UEFA, organisation que Gibraltar a rejoint il y a maintenant trois ans. Deuxième des deux précédentes éditions d’un championnat créé il y a 122 ans et pourtant méconnu, les Vert et Noir d’Europa FC seraient-ils en passe de mettre un terme à quatorze ans de règne des Rouge et Noir de Lincoln Red Imps, dont la majorité des joueurs de la sélection nationale sont issus ? C’est toute l’intrigue qui plane au-dessus du territoire d’outre-mer britannique.

Météo : intervalles nuageux (14°).

Prochain match le 7 janvier contre Manchester 62 (7e).

Luxembourg : FC 91 Dudelange (13 matches, 10 victoires, 3 nuls) – 1er / 14 – et FC Differdange 03 (13 matches, 9 victoires, 4 nuls) – 2e / 14

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Vingt-deux kilomètres et deux points séparent Dudelange et Differdange.

Qui se souvient de la première titularisation de Javier Pastore sous les couleurs du Paris Saint-Germain néo-qatari, le 18 août 2011, dans un stade municipal de 2400 places ? Peut-être les habitants de Differdange, venus soutenir leur équipe lors du tour préliminaire de Ligue Europa (victoire 4-0 des Parisiens) et assister à la meilleure performance de l’histoire du club luxembourgeois en compétition européenne. L’équipe aujourd’hui entraînée par le Français Pascal Carzaniga, est invaincue et bien accrochée à la deuxième place d’une BGL-Ligue qu’elle n’a jamais remporté, deux petits points derrière le champion en titre, le FC 91 Dudelange, qui tentera lui d’accrocher un treizième titre en dix-huit saisons. Pour ce faire, le FC91 pourra compter sur son attaquant bosnien, Sanel Ibrahimovic. Aucun lien.

Météo actuelle : ciel couvert (0°).

Prochains matches le 12 février contre Kaerjeng (13e) et Niedercorn (4e).

Pays de Galles : The New Saints (21 matches, 21 victoires) – 1er / 10

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Ryan Brobbel, Greg Draper et Christian Seargeant sont les piliers de TNS.

Le lundi 26 décembre, avec une journée de retard, les champions gallois de The New Saints ont déposé une 26e victoire consécutive sous le sapin de leurs supporteurs et égalé le record de l’Ajax du mythique Johan Cruyff (1972). Le 30 décembre, avec une journée d’avance, ils ont fêté l’arrivée de la nouvelle année en enregistrant une 21e victoire cette saison, la 27e série en cours, battant par là même le record du monde de victoires pour un club professionnel. Costaud pour un club établi à l’origine dans un village gallois de 1000 âmes, Llansantffraid. S’ils planent aujourd’hui sur la Welsh Premier League, comptant 21 points d’avance sur leur premier poursuivant, à une journée de la fin de la saison régulière, c’est que les New Saints se sont développés depuis 2003. Un jumelage avec le club anglais de la ville frontalière d’Oswestry, une école de football pour tenter de combler l’écart avec la formation galloise de rugby et un bilan de dix titres nationaux ces douze dernières saisons.

Météo actuelle : intervalles nuageux (7°).

Prochain match et dernier de la saison régulière le 14 janvier contre Newton (10e).

Turquie : Istanbul Basaksehir (16 matches, 10 victoires, 6 nuls) – 1er / 18

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Troisième club stambouliote pour Emre après Galatasaray et Fenerbahçe.

En terme de notoriété, il n’est pas usurpé de dire que Basaksehir, à égalité avec son voisin Kasimpasa, pointe à la quatrième place des clubs stambouliotes de Super Lig turque, derrière les historiques Besiktas, Fenerbahçe et Galatasaray. Pourtant, cette saison, le club du district de Basksehir, situé à l’est de la plus grande ville de Turquie, est invaincu. Il est même parvenu à faire tomber Fenerbahçe, dans une rencontre pendant laquelle ils furent longtemps en infériorité numérique (1-0), à s’imposer à Galastaray après avoir été menés (2-1) et à ramener un point de la Vodafone Arena de Besiktas (1-1). S’ils ne marquent pas énormément, les Orange et Bleu encaissent peu de buts (11), notamment grâce aux prouesses de leur gardien international, Volcan Babacan. Cela sera-t-il suffisant pour conquérir un premier titre de champion et mettre fin à l’hégémonie des trois ogres stambouliotes qui se partagent aujourd’hui 51 des 58 titres nationaux distribués ?

Météo actuelle : intervalles nuageux, risque de neige (-4°).

Prochain match le 15 janvier contre Kayserispor (16e).

Ukraine : FK Chakhtior Donetsk (18 matches, 16 victoires, 2 nuls) – 1er / 12

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Le Chakhtior a terminé l’année par un succès chez son rival du Dynamo Kiev (3-4).

Cette saison le Chakhtior a failli, par deux fois. Contre le rival du Dynamo Kiev, à domicile, abandonnant un point à leur adversaire, puis lors du derby de Donetsk, face à l’Olimpik, partageant une nouvelle fois les points. Outre cette mauvaise passe, le Chakhtior a remporté 16 de ses 18 matches de championnat, et comme si cela ne suffisait pas, il a fait carton plein en Ligue Europa, avec 6 victoires en autant de rencontres disputées. Le tout agrémenté d’un total de 62 buts inscrits dans les deux compétitions, toujours à l’extérieur, puisque le club de Donetsk dispute ses rencontres à Lviv, à environ 1300 km de ses bases, depuis maintenant deux ans et le début du conflit opposant l’Ukraine à la Russie. Si le titre a échappé au club ces deux dernières années, il est quasi certain que les hommes de Paulo Fonseca, forts de treize points d’avance, ne laisseront personne s’en emparer cette saison.

Météo actuelle : ciel couvert, risque de neige (-2°).

Prochain match le 25 février contre Vorskla (6e).

M.R

Un rasoir et des crampons

Balle au pied ou rasoir en main, Lyazid Makhlaf est un amoureux du beau geste. Il rêvait d’une carrière de footballeur, il est devenu barbier comme son père. D’Alger au boulevard Barbès, itinéraire d’un enfant du ballon rond.

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Lyazid Makhalf (3e, bas, gauche) sous les couleurs du Mouloudia Club d’Alger.

A l’époque on comptait les barbiers sur les doigts d’une main. Lyazid Makhlaf était seul dans le 18e arrondissement de Paris. « Les vrais barbiers commencent par la pratique du métier et ne sont pas des coiffeurs qui se sont perdus », lance-t-il, un soupçon d’ironie dans la voix. « Aujourd’hui on apprend à tenir une tondeuse et on se dit barbier. Tous les hommes peuvent se définir comme tel dans leur salle de bain dans ce cas. Ce n’est pas parce que tu foules un terrain le dimanche matin que tu peux te déclarer footballeur. »

« Le Barbier du bonheur »

Lyazid Makhlaf est né à Alger il y a quarante-trois ans. Dès son plus jeune âge, ses journées sont rythmées par l’école et le football. Licencié au Mouloudia Club d’Alger, club le plus populaire de la ville, milieu de terrain de formation, ses qualités techniques entretiennent son espoir de poursuivre dans cette voie. Mais à quatorze ans, à la sortie du collège, c’est sans passer par le stade que Lyazid regagne le salon familial. Il y empoigne son premier rasoir, y saisit sa première paire de ciseaux, travaille comme apprenti sous l’œil attentif de son père, le « Barbier du bonheur », du nom du salon algérois qu’il tient depuis toujours.

C’est sur le visage de son père, abîmé par ses coups de rasoir maladroits, qu’il fait son apprentissage. « Il ne disait rien, saignait souvent, observait l’évolution de mes gestes dans le grand miroir du salon », raconte Lyazid. Au bout de six mois, il s’occupe des clients de son père qui eux aussi jouent le jeu, sans crainte. La passion le gagne. Il a quinze ans et fait tourner la boutique lorsque son père s’absente. Taille, coupe, se fait même sa propre clientèle d’habitués et à la fin de la semaine, paie les barbiers du salon.

Rêves de foot dans la banlieue toulousaine

Mais ses rêves d’adolescent sont ailleurs. C’est une vie de footballeur qui se dessine dans la tête de Lyazid lorsqu’il quitte Alger en 1991. « Lorsque tu arrives en France, si tu n’as pas de rêve, pas de métier, c’est le début de la galère ». Lyazid n’hésite pas à dire que le football l’a sauvé, le travail aussi. « En vingt-cinq ans ici, je n’ai chômé que trois jours », affirme-t-il, sans prétention. Il débarque alors à Toulouse, hébergé par l’une de ses sœurs. Tout juste majeur il n’a qu’une idée en tête : jouer au football. « Il faut replacer cette idée, un peu folle aujourd’hui, dans le contexte de l’époque. L’état d’esprit était différent, la culture du football était différente. Il fallait connaître du monde si tu voulais percer. »

Lyazid doit lutter seul. Quelqu’un repère pourtant le talent du jeune algérois fraîchement débarqué. Un vieil homme, « fou de football », qui venait observer les jeunes du quartier Bagatelle à Toulouse, se souvient Lyazid. Monsieur Martinez. Sorte d’ancêtre des agents de joueurs. Venu lui parler après un match, il le présente à l’entraîneur du club de Tournefeuille, dans la banlieue toulousaine. Il l’emmène à l’entraînement, et le ramène chez lui après les séances. Le visa de Lyazid va expirer, l’expérience tourne court, il est obligé de monter à Paris. « J’aurais pu gravir les échelons, je savais que je pouvais aller loin, mais c’est le destin », lâche-t-il résigné.

Paris est magique, Alger libéré

C’est par le train, le visage imberbe, la chevelure hirsute, qu’il gagne Paris le 31 juillet 1992. Lyazid passe les trois premiers jours à visiter la ville, s’imprègne des odeurs et des sons de la capitale, prend le pouls. Au quatrième jour, au hasard de ses pérégrinations, il entre dans un salon de Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris. Pour le tester, le gérant lui propose de s’occuper du prochain client qui entre. Lyazid s’exécute. Il restera cinq ans. Le samedi les banlieues descendent à Barbès pour se faire couper les cheveux et raser la barbe dans le salon de Lyazid. L’absence de concurrence lui permet de gagner sa vie. Ce malgré la précarité des débuts, et le traitement réservé aux nouveaux arrivants. « Lorsqu’on sait que tu arrives tout droit d’Algérie, ou d’ailleurs, que tu n’as pas encore de situation stable, on a tendance à profiter de toi. Mais soit je bossais, soit je rentrais au pays ». En 1996, pour la première fois depuis 5 ans, il retourne sur ses terres algéroises. Ses parents sont restés là-bas. C’est à cette occasion qu’il fait la rencontre de celle qui partage aujourd’hui sa vie.

Mil neuf cent quatre-vingt-dix-neuf arrive. Après vingt ans d’attente, le Mouloudia Club d’Alger remporte le championnat. Emmené par le jeune Rafik Saïfi, le club algérois libère des dizaines de milliers de Chnaouas[1], supporters frustrés par l’attente d’un nouveau sacre. Lyazid se marie cette année-là. Il navigue de salon en salon, fait ses armes, tente de se faire un nom. Après une expérience à Versailles, chez le ponte de la barbe, Jacky Garnier, meilleur ouvrier de France, il décide, sur les conseils de sa femme, de lancer sa propre affaire. Il installe donc coupe-choux, rasoirs, ciseaux, savons et autres huiles de rasage au 65, rue Ramey, dans le 18e de ses débuts. Les premiers temps sont difficiles. Un client ou deux par jour. Aujourd’hui le carnet de rendez-vous ne désemplit pas et Lyazid a déménagé dans un local plus grand, à quelques mètres du premier.

D’un rêve à l’autre

Dans les années 90, Lyazid était supporteur de l’Olympique de Marseille. C’était une autre époque. Il n’adhère pas à la culture foot-business actuelle. « Le football d’aujourd’hui se résume à une bourse. Le CAC 40. Un match à la télévision ressemble plus à une vente aux enchères ». Il ne regarde plus les retransmissions télévisées des matches. Mais il n’arrivera jamais à couper ce cordon invisible qui le relie à ce sport qui l’a fait tant rêver. Lyazid rechausse les crampons chaque dimanche. Il a pris une licence vétéran et porte cette année les couleurs du Club Pouchet Sport, club du 17e arrondissement. Un besoin de continuer à faire fonctionner les jambes. La tête aussi. Une manière de laisser le rêve de son père quelques instants de côté, et de se consacrer au sien.

M.R

[1] Chnaouas veut dire « chinois » en algérois. Ce surnom fait référence au nombre de supporters du Mouloudia.

L’envol d’un aigle albanais

En 1991, des joueurs de la sélection nationale albanaise profitent de rencontres de qualification pour l’Euro 92 pour fuir l’instabilité politique d’un pays en pleine révolution. Adrian Suka, milieu de terrain du Dinamo Tirana, fait partie de la liste qui affronte la France à Paris, le 30 mars. Alors que l’arbitre donne le coup d’envoi au Parc des Princes, puni d’avoir déclaré à télévision française son aversion pour le régime en place, il est sur le banc. Au lendemain de la rencontre, en route pour Nantes, une nouvelle vie s’offre à lui.

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Adrian Suka, reçoit dans son bureau de responsable des sports de la mairie de Saint-Gratien, dans le Val d’Oise. Placardée au mur, une mosaïque de photos : sa femme, ses trois filles, des souvenirs de plusieurs excursions sur le Mont-Blanc, sa vie après le foot, et puis, dans un coin, un cliché de l’ex-international albanais, de dos, immergé dans une piscine qui fait face à la mer.

La photo a été prise en 2013 à Dürres, ville située sur une petite péninsule du littoral adriatique de l’Albanie, à deux heures de la capitale Tirana à l’époque, vingt minutes aujourd’hui. Ville d’origine d’Adrian Suka. Si la piscine est le reflet de la démocratie, lui passe sa jeunesse dans la mer, côté sauvage, celui qu’il préfère. C’est aussi le souvenir de son père, engagé dans la marine marchande, qu’il ne voit pas beaucoup.

Une mer dans laquelle il se jette avec ses jeunes coéquipiers du Klubi Sportiv Lokomotiva Dürres après chaque entraînement, de mars à novembre, peu importe le temps. Adrian y fait toutes ses classes, jusqu’à son entrée à la fac et l’appel de la capitale.

Sa mère, professeure d’histoire-géo, fait de l’éducation d’Adrian et de sa sœur une priorité. Il aspire à devenir professeur d’éducation physique. Il évolue jusqu’alors en première division à Dürres mais au moment de rejoindre l’Université de Tirana, il est transféré au Dinamo. Il suit des cours de physiologie, et de biomécanique, utiles dans sa pratique du foot et assiste également aux cours d’éducation communiste, de Marx, Engels, Lénine et Staline, dont il ne garde pas de grands souvenirs.

En 1986, Adrian a 19 ans et remporte le championnat albanais avec le Dinamo Tirana, grâce à une différence de buts favorable. Pas encore professionnel, il découvre la Coupe des Clubs Champions. Un tour préliminaire face au Besiktas Istanbul. Défaits 2-0 au match aller à Istanbul, les joueurs du Dinamo seront battus 0-1 au retour. Au-delà du résultat, Adrian se souvient du chemin menant de l’hôtel au stade à Istanbul, de la foule compacte qui appuie sur les parois du bus qui ne demandent qu’à céder. Une heure pour faire deux kilomètres. De grands frissons.

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Le choix de l’exil

Adrian ne le cache pas, bien aidé par sa condition de footballeur dans l’Albanie communiste post-dictatoriale et bientôt démocrate, avec un d minuscule, il se classe plutôt dans la couche aisée de la population. Plus qu’une nécessité économique, sa décision de quitter le pays émane surtout d’une envie de liberté. Un refus de céder au totalitarisme et d’adhérer aux idées du régime en place.

Si le pays ne vit plus en complète autarcie depuis la mort du terrifiant, mégalomaniaque et non moins paranoïaque Enver Hohxa, la relève n’est guère plus réjouissante et le pays reste replié sur lui-même. La révolution éclate au début de l’année 91. Le nouveau chef d’état, Ramiz Alia, tente d’assouplir le régime, mais il est trop tard. La population a pris les choses en main. La statue de l’ex-dictateur Hoxha est mise à terre et des heurts entre pro et anti-communistes éclatent à Tirana.

La discrétion n’est plus vraiment de mise lorsqu’Adrian prend la décision de quitter l’Albanie. Le jeudi 28 mars 1991, alors qu’il s’apprête à rejoindre Paris avec la sélection, près de quarante personnes sont venues lui dire au revoir à l’aéroport de Tirana. Il n’est pas le seul à prendre part à cette première vague de départs souvent précipités.

Quant à savoir si la décision de ne pas revenir au pays avait été concertée avec ses coéquipiers déserteurs, il semble que l’époque voulait que « chacun cache quelque chose au fond de son cœur », raconte Adrian. Il est impossible de se livrer, même à des coéquipiers ou amis. Il ignore alors que six de ses coéquipiers ont la même idée en tête.

Sélection et désertion

Suka et ses coéquipiers, les cheveux aux épaules, signe de changement, finissent par arriver le vendredi matin, via Zurich et Genève et non la veille au soir, comme prévu. A l’aéroport de Roissy, ne descendent de l’avion que treize joueurs sur les seize partis de Tirana. Profitant d’une nuit d’hôtel imprévue sur les bords du lac Léman, où la sélection trouve refuge après avoir manqué la correspondance pour Paris, Eduard Kaçaçi, Lorenc Leskaj et Genc Ibro s’éclipsent, comme tant d’autres auparavant.

La sélection albanaise, ou ce qu’il en reste, descend à l’hôtel Concorde Lafayette, dans le 17e arrondissement de Paris. Au programme, entraînement la veille du match et visite des monuments phares de la capitale. Les joueurs découvrent Paris. Dans leurs têtes ils s’imaginent déjà prendre telle route, rejoindre telle gare, atteindre telle destination.

Adrian profite de ces moments de détente pour s’exprimer à la télévision française et donner son avis sur la politique de son pays. Il déclare à demi-mot son intention de prolonger son séjour en France, après la rencontre. Une sortie qui n’est pas du goût des émissaires du régime qui accompagnent la sélection. « L’oeil de Tirana » fait savoir au sélectionneur, Biekush Birce, qu’Adrian ne jouera pas face aux Bleus, le soir-même.

Entre désertions et punitions, c’est une équipe complètement remaniée qui se présente face aux Bleus pour ce match qualificatif pour l’Euro 1992, en Suède. Seuls trois joueurs albanais présents au match aller sont sur la feuille de match. Difficile dans ces conditions de rivaliser avec l’équipe ultra-offensive mise en place par Michel Platini : Cantona, Cocard, Papin et Vahirua forment le quatuor offensif des Bleus qui corrige finalement l’Albanie 5 à 0, grâce notamment à deux magnifiques coup-francs de Franck Sauzée.

Adrian Suka ne conserve aucun maillot de la sélection albanaise. Ses tuniques rouges, il les échange avec celles de ses adversaires : Suède, Grèce…Un carton rempli de ces reliques est rangé dans son garage. Des maillots de chacune des équipes qu’il affronte. Toutes, à l’exception de la France. Après la rencontre, Franck Sauzée refuse de lui donner son maillot. A 23 ans, pour ce jeune albanais qui a décidé de rester en France, ce maillot a pourtant une valeur inestimable.

Dimanche matin, lendemain de match, Paris est déserte et la sélection compte deux nouveaux absents. Ilir Képa rejoint la Belgique avec un groupe de réfugiés tandis que Josif Gjergji, titulaire au milieu la veille au soir, fait parler de lui aux infos : blessé dans un accident de la route dans la Sarthe, alors qu’il fuit avec deux autres réfugiés, il est identifié grâce au maillot de Jean-Pierre Papin qu’il porte sur lui.

Depuis leur hôtel de la Porte Maillot, Adrian et ses coéquipiers restants se rendent à l’Ambassade d’Albanie, Avenue Marceau, dans le 16e arrondissement, pour voter pour la première fois de leur vie. Un vote expatrié, « pour la démocratie et pour la liberté ».

S’il regrette de n’avoir pu fouler la pelouse du Parc des Princes, c’est la joie qui prédomine chez Adrian Suka, à l’idée de rester en France. Un sac de foot sur l’épaule et quelques dollars en poche, Adrian prend la direction de la Gare Montparnasse. Son coéquipier au Dinamo Tirana, Rudi Vata, fait un bout de chemin avec lui. Il s’arrête au Mans. C’était « la route de l’Ouest », comme il l’appelle. Adrian pousse jusqu’à Nantes. A son arrivée, il va s’enregistrer au Centre Nantais d’Hébergement des Réfugiés.

Le début d’une nouvelle vie

Sans attaches et sans savoir dire bonjour, c’est le début de quelque chose. D’une nouvelle vie. De ce pays qu’il a choisi, il ne connait rien, à part quelques histoires lues dans les livres et vues dans les films. Pendant un temps, Adrian garde contact avec ses partenaires d’exil, avant de tourner la page.

Professionnel, Adrian continue de s’entraîner malgré une pause dans le cheminement de sa carrière. Il ne s’arrête jamais de jouer, part à la rencontre des gens qui tapent la balle dans les « city-stades » de Nantes. Le foot est un milieu dans lequel il ne rencontre aucune difficulté à pénétrer, car« c’est un langage à part entière ».

Des responsables du foyer de réfugiés lui décrochent un rendez-vous avec Robert Budzynski, directeur sportif du FC Nantes de l’époque. Il se retrouve dans son bureau, à la Jaunelière, camp d’entraînement des Nantais, où il croise le champion du monde argentin, Jorge Burruchaga, qui joue sa dernière saison avec les Canaris. Budzynski contacte de nombreux clubs de D2 et D3.

Suka est finalement recruté par Saint-Lo (Manche), club de National 1 (National aujourd’hui). En championnat, il croise Christian Gourcuff, qui vient de reprendre les rênes du FC Lorient. Il assiste à l’éclosion des jeunes talents du FC Nantes et futurs joueurs de l’équipe de France : Pedros, Karembeu, Ouédec, Desailly, emmenés par Jean-Claude Suaudeau.

L’acclimatation se fait petit à petit. Il découvre la France, l’envie d’acheter une voiture, de faire un peu la fête. Ces côtés positifs sont un handicap pour la deuxième partie de sa vie : son métier de footballeur. Adrian dit avoir toujours respecté le foot, mangé des pâtes sans sel ni beurre, mais considère qu’il lui a manqué un soupçon de professionnalisme pour arriver plus haut et éviter les problèmes physiques.

Des blessures qu’il pense dues à son besoin de découvrir la vie, ce nouveau pays. Cette période pendant laquelle il n’est pas concentré à 100% sur le football. La tête est parfois ailleurs. D’autres priorités, comme aider une famille dans un pays en reconstruction. Des sacs de 50 litres qui partent à chaque vacances, à destination de l’Albanie.

Sa mère, qui a perdu son travail à la chute du régime, vient lui rendre visite à St-Lo. Usée par la propagande, lorsqu’elle aperçoit les gens dans la rue qui partent au travail, elle déclare à Adrian : « c’est ça l’ennemi qui veut nous tuer ? ». Adrian est ému et choqué par la fracture entre ce qu’il appelle « deux mondes ».

A l’été 93, transféré à Laval, en deuxième division, Adrian profite de la trêve hivernale pour rendre visite à sa famille restée en Albanie. Au moment de regagner la France pour reprendre les entraînements en Mayenne, il s’aperçoit qu’il est seul dans l’avion. Quelques mois après le début de la démocratie, les lignes récemment ouvertes qui relient l’Albanie à la Suisse et à l’Italie sont désertées.

Les flux ralentissent à mesure que les principaux pays d’accueil prennent des mesures de restriction. L’Allemagne et l’Italie signent des accords de coopération avec l’Albanie, pour que les émigrés albanais acceptent de retourner travailler au pays.

Le fossé creusé entre son pays d’origine et son pays d’accueil le saisit. A Laval, il se souvient de son premier salaire de joueur pro : 56 000 francs par mois. Le président Jean Py lui propose aussi de meubler toute sa maison. Au moment de signer, Adrian est étonné de voir le banquier qui attend derrière la porte. Signe d’un changement de régime : le passage du communisme au capitalisme. C’est la découverte des châteaux, de la thalassothérapie et des massages tous les jours.

À cette époque, Adrian est marqué par sa rencontre avec celui qu’il qualifie de « meilleur coach de sa vie » : Michel Le Milinaire. L’un des fondateurs du Stade Lavallois et coach mythique du club de 1968 à 1992. Il ne passe que quelques mois à ses côtés, avant que Le Milinaire ne soit remercié par la nouvelle direction du club, mais est bluffé par le personnage. En cachette, Adrian prend en note les séances, les exercices et les discours.

Lorsqu’il regarde en arrière, l’ex-international albanais a peu de regrets. De l’Albanie, à Saint-Lô, en passant par Laval, Saint-Leu-la-Forêt, Cherbourg et l’Entente-Sannois-Saint-Gratien, il ne garde presque que de bons souvenirs. Il se serait peut-être vu tenter sa chance en Allemagne. Un jeu plus ouvert, moins de duels, plus dans son style de passeur. Ce qu’il n’arrive pas à comprendre, c’est cette blessure contractée au meilleur moment de sa vie de footballeur. Six mois éloigné des terrains qui précipiteront son départ de Laval et entraîneront son prêt à Saint-Leu (National).

Sa plus longue expérience, c’est à l’Entente Sannois-Saint-Gratien qu’il la vit. Seize années. De joueur à entraîneur, en passant par jardinier pour la ville de Saint-Gratien. Il connaît les joies de montées successives, jusqu’au National et l’honneur de voir l’un des stades de la ville porter aujourd’hui son nom. A l’Entente c’est différent. Ça colle. Tout le monde tire dans le même sens. On frappe à côté, le vent fait rentrer la balle dans le but. La chance. Comme la chance, de Trézéguet contre l’Italie en 2000. Cela ne s’explique pas.

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L’Albanie en France, à l’Euro

Adrian se souvient des ambitions de la sélection lorsqu’il était joueur. Jamais, lui et ses partenaires n’imaginent remporter quelque chose. Avant les matches, il y a l’envie de gagner, bien sûr, mais surtout celle d’apprendre, de découvrir, de voir quelque chose. Une curiosité née du jeu pratiqué par l’adversaire. « On est loin de la mission professionnelle du footballeur, qui est d’atteindre quelque chose », reconnaît Adrian.

Il est conscient des nombreux manques de l’équipe, dans tous les compartiments du jeu et surtout, dans le comportement. Mais il sent qu’un pallier va être franchi. Une suite logique pour une terre qui aime le foot. Sur le niveau de l’équipe actuelle, Adrian fait un constat : des vingt-trois joueurs sélectionnés pour l’Euro en France, seuls les deux gardiens remplaçants évoluent dans le championnat albanais.

Même si l’on peut parler de fuite des talents, en s’ouvrant au monde, l’Albanie a permis à ses joueurs d’évoluer dans de grands championnats européens, ce qui n’était pas possible du temps de Suka. Le footballeur albanais a aujourd’hui toutes les connaissances nécessaires, il est international. L’international albanais qui va jouer la France, n’a aucune crainte de jouer la France. Même si le niveau global de l’équipe de France est supérieur à celui de l’Albanie, même si le style de jeu des Aigles est plutôt défensif, les joueurs n’ont plus le complexe d’infériorité des générations précédentes.

Il se souvient du sélectionneur de l’époque, Bejkush Birçe, « un super entraîneur, un héros », selon lui. « Sans aucune lecture de l’étranger, sans aucune expérience professionnelle, il a été capable d’entraîner, de mener un groupe d’hommes », c’est pour lui incroyable. Un sélectionneur qui déclare à l’époque qu’« un changement radical est nécessaire » et qu’« il faut donner au football les moyens de ses ambitions, en développant des structures et des équipements adaptés. »

A la chute du régime communiste, la priorité n’est pas de construire ou reconstruire des stades, de développer un championnat de football. Adrian se rappelle d’un déplacement en Suède en 1989 avec l’équipe d’Albanie, sans protège-tibias. Un voyage pour rien. La fédération ne pouvait les lui fournir.

Aujourd’hui, Adrian n’a plus d’attache en Albanie. Sa famille proche l’a rejoint dans la banlieue ouest de Paris. Ses oncles, tantes, cousins et cousines ont émigré en Grèce, en Allemagne, en Italie et aux Etats-Unis. Seul un vieil oncle est resté. Cet été, Adrian emmènera sa famille profiter des plages croates et monténégrines, « plus sûres pour ses filles que l’Albanie », selon lui.

Il se sent plus engagé dans la vie politique française qu’albanaise. Aujourd’hui, ceux qui gouvernent là-bas, sont tous ses meilleurs copains de classe. Le président du pays, Bujar Nishani, le maire de Tirana… Ils ont fréquenté la même université. Mais le lien est rompu. Y retourner et s’investir en Albanie ? Adrian se sent bien ici. Il a des projets. Il organise des excursions sur le Mont Blanc.

A l’époque, dans une ville de Tirana qui compte près de 400 000 habitants, il est impossible pour Adrian de marcher dans la rue sans qu’une foule de supporters du Dinamo ne vienne l’encercler. Aujourd’hui, lorsqu’il s’arrête dans la capitale albanaise, il passe inaperçu. Peut-être l’absence de cheveux qui le caractérise aujourd’hui. « J’en avais à l’époque », ironise-t-il. Cette nouvelle condition d’étranger le fait un peu souffrir. C’est aussi pour ça que ses visites au pays sont moins fréquentes.

Dans son bureau de la mairie de Saint-Gratien, Adrian s’estime heureux du sort qui lui a été réservé et ne cesse de marteler que la France est une terre d’accueil. Il se sent bien ici. Les bains de mer en guise de douche après les entraînements semblent presque appartenir à la mémoire de quelqu’un autre.

M.R

« Brave cosaque ! »

Georges Bykadoroff est l’un des rares footballeurs russes à avoir évolué dans le championnat de France. Il occupait les cages du SCO d’Angers, en deuxième division, de 1944 à 1949.  Surnommé le «Cosaque» ou  plus sobrement «Byka», il était arrivé en France «comme ça», était tombé amoureux d’Angers, et y avait même ouvert une salle de sport, qui existe encore aujourd’hui.

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Georges Bykadoroff en Coupe de France (1937), avec l’USNM face au Stade Français

Fils d’un Cosaque du Don, cavalier fidèle au Tsar, il nait à Rostov en 1918. A la révolution, sa famille s’exile en Grèce, puis gagne la Yougoslavie. Elle traverse la Tchécoslovaquie, et rejoint finalement la France vers 1925. Georges restera à Prague. Il y fait des études secondaires. Il pratique le volley-ball, le hockey-sur-gazon, la natation et voue un culte au développement du corps. C’est en 1937 qu’il rejoint ses parents en Normandie. Georges trouve un emploi de 2e machiniste, puis de soudeur à la Société métallurgique de Normandie (SMN), près de Caen.

L’US Normande, première étape

A côté de son travail, il s’entraîne à  l’US Normande, l’équipe de football de la SMN. Club dans lequel Michel Hidalgo apprendra, quelques années plus tard, à jouer au football. Très vite mobilisé, il passe en zone libre en 1940 pour revenir à la vie civile en juin 1941, un brevet de moniteur d’éducation physique en poche. Marié à une compatriote,  il fait partie de la première vague à être embauchée dans le cadre du Service du travail obligatoire, mais est contraint de se cacher, accusé de sabotage. Il trouve refuge chez un garagiste de Vire. La tentation du football est trop forte. Il occupe le poste de gardien de but du club de la ville, sous un nom d’emprunt : Georges Picard. Vire est évacuée lors du débarquement et la famille Bykadoroff se replie à Cherré, en Anjou.

Le «Russe bondissant»

En 1945 Georges Bykadoroff est recruté par le SCO. Toute la famille s’exporte à Angers. Chaque dimanche, le «Russe bondissant » enchaîne les parades sur les terrains de France. Les journalistes sont dithyrambiques :

France Football du mardi 22 septembre 1948

Brave cosaque va ! Encore un gardien en vedette : l’Angevin Bykadoroff. Les Nantais estiment qu’il sauva son club de la défaite. Brave cosaque va ! Mais le Slave sut charmer ses adversaires […]Ainsi Angers cueillit deux points qui lui permettent de tenir compagnie à Rouen et Lens. Une compagnie dont Camille Cottin espère se séparer bientôt. A son avantage, évidemment !

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Georges Bykadoroff bondit pour capter la balle, sur un terrain à la limite du praticable.

France Football du Mardi 11 janvier 1949

Il ne fait pas de doute que si Georges Bykadoroff ne s’était pas trouvé là, Angers eût pris un «carton» maison devant Reims. Le natif de Rostov-sur-le-Don venu en France « comme ça »,  voilà une douzaine d’années, a fait un match fantastique. «Byka» est à Angers depuis quatre saisons. « J’y resterai jusqu’au moment où je trébucherai sur ma barbe», dit-il. «Byk » a 29 ans et il se rase tous les trois  jours. Calculez son séjour au SCOA.

Le culte du corps

Recruté par le Stade Olympique Montpelliérain en 1949, il participe au championnat de France de première division 1949-1950. Mais à  l’issue de l’exercice, le club est relégué en deuxième division. Agé de trente-deux ans, Georges Bykadoroff met un terme à sa carrière. Il regagne Angers en 1953, où il devient entraîneur de la section football de l’Intrépide – poste qu’il occupera pendant dix ans –  maître-nageur et instructeur de culture physique au SCO, puis maître-nageur à la première piscine d’Angers – la Baumette – ouverte le 18 juillet 1959. Deux ans après son retour, il ouvre sa salle de culture physique au 19 rue Faidherbe. Le football est derrière lui. Mais avant la nouvelle saison 1959-1960,  journalistes et supporters spéculent :

France Football du mardi 16 juin 1959

ENTRAINEUR : le maintien de Maurice Blondel est réclamé par 75 % des supporters. Mais on note certaines réserves (« il faudrait qu’il soit plus sévère avec les joueurs » ; « on pourrait lui adjoindre un homme spécialement chargé de la musculature des joueurs et cet homme pourrait être l’ancien « Scoïste » Bykadoroff qui possède une salle d’Education physique à Angers »).

Le 30 octobre 1984, il cède son établissement. Il décédera dans sa 72e année, au début de janvier 1990. Son institut de culture physique existe toujours, au 19 rue Faidherbe, sous l’enseigne Myosine.

M.R – Photographies issues des archives de L’Equipe.

Le Red Star ne fait pas de cadeau pour la Saint-Valentin

Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) – Stade Bauer – 14 février 2015 – Red Star//Paris FC

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On pourrait croire que le couple bat de l’aile au moment ou le décalage entre les deux individus est trop important. Un rang d’écart au classement n’est pas ce que l’on pourrait appeler une incompatibilité d’humeur. L’un, parfois trop carriériste, laisse l’autre de côté et n’a plus que pour ambition, passer à un échelon supérieur, évoluer, se développer d’un point de vue très personnel. Ils partagent la même agglomération, la même vie d’artiste de la passe et du tacle glissé, la même culture et ce goût pour la réussite, pour la victoire.

Au commencement les deux êtres se rencontrent. Ils sont sur un pied d’égalité. Chacun apporte son propre bagage, sa propre histoire et finalement la différence d’âge importe peu. Chacun vante les mérites de l’autre. Modestie non feinte de deux clubs qui savent d’où ils viennent, partis du bas de l’échelle, ayant connu de belles heures, puis retombées dans la discrétion des divisions inférieures.

Cette pudeur qui caractérise les premiers émois de la relation se transforme en méfiance lorsque l’un des deux protagonistes commence à tracer son chemin. Il prend le dessus sur l’autre. Ils s’aiment au fond, reconnaissent leurs similitudes, leur relation est marquée d’un profond respect, puis, avec le temps, ils viennent à se concurrencer. Chacun met en avant ses qualités. Les défauts de l’autre surgissent comme le nez au milieu du visage. La cohabitation devient insupportable.

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Ils se retrouvent aujourd’hui pour régler leurs comptes. Le Paris FC avait déjà quitté la maison en 1978. Une promotion en D1. Il laissait derrière lui un Red Star démuni, en liquidation, sans même une pension alimentaire. Après une longue traversée du désert, le club de Saint-Ouen était parvenu à renouer quelque peu avec son prestige d’antan. Perdu dans les hautes sphères du football français, en manque de repères, le club parisien finissait lui par rentrer à la maison, honteux, mais bien décidé à se laisser une seconde chance.

Pour assister aux retrouvailles entre les deux pensionnaires de National en quête de promotion, rien de plus simple. Au départ de la Porte de Clignancourt, et après avoir poliment décliné les sollicitations des vendeurs de smartphones de l’Avenue Michelet, tournez rue du Docteur Bauer. Faites quelques pas. Vous êtes arrivé. A votre gauche, le stade. Si vous ne le voyez pas c’est que les douze fourgons de CRS vous cachent la vue. A votre droite, un amas verdoyant truste le trottoir de l’Olympic, le bar des supporters du Red Star. Entrée 5 euros, tarif réduit 2,50 euros. Après une fouille appliquée, vous pénétrez dans l’enceinte. Une seule tribune ouverte sur les trois que compte le stade. Les années auront eu raison de la santé du colosse de pierre. Des nuages gris entourent l’enceinte vétuste qui laisse entrevoir quelques immeubles alentours.

Bienvenue à Craven Cottage
Bienvenue à Craven Cottage

Aucun round d’observation. Les supporters des deux clubs se lancent dans une parade. Une séquence de chants ritualisés effectués, de part et d’autre du stade, avant l’ouverture des débats, et ayant pour effet de retenir l’attention de la partie adverse et de le déstabiliser.

« Oh lélé, Oh lala, montre nous ta vache, fais nous la toucher » – Interprétation de l’ensemble vocal parisien.

Le Paris FC évoque un vieil oncle du Red Star pseudo collabo. De son côté, le Red Star pointe du doigt le grand-père supposé facho du club parisien. Les relations sont tendues. Les insultes fusent. Un médiateur, pour qui la priorité est le bonheur des enfants, réclame de la musique pour adoucir les mœurs et étouffer les injures. Il faut dire qu’à l’occasion de cette tentative de conciliation, le Paris FC est venu accompagné d’une trentaine de soutiens, eux-mêmes sous bonne escorte policière. On se souvient trop bien des débordements du match aller.

« Et le Red Star c’est à Bauer » – Interprétation de la chorale audonienne.

Le Red Star a l’avantage du terrain et du nombre. La tribune Rino, (du nom de Rino della Negra, jeune footballeur et résistant du groupe Manouchian, fusillé) est pleine à craquer. Les jeunes pousses des deux clubs sont également présentes dans les travées. On a peine à imaginer que cela puisse dégénérer.

Jeunesse audonienne
Jeunesse audonienne

Les joueurs entrent sur le pré synthétique de Bauer. Si l’issue de la saison est encore lointaine, cette rencontre a un parfum particulier. Un parfum de Ligue 2. Le Red Star arbore sa tenue blanche. La sobriété façon entretien d’embauche. Faut pas se louper. De son côté le Paris FC tente un coup de bluff avec une tenue DDE orange fluo. Peut-être une manière d’intimider l’adversaire et de concurrencer les arbitres. Les regards sont figés, concentrés.

Le match débute. Difficile de se concentrer sur le terrain lorsque des gradins résonne l’âme du club audonien. Le spectacle est ailleurs et sera plutôt maigre sur le terrain en première période. Les supporters locaux remplissent les moments de latence que connait la rencontre. Ils s’appliquent à ne laisser aucune trêve à l’adversaire. Ils l’usent à petit feu.

« Nous sommes les parisiens et nous chantons en cœur… » – Interprétation (déjà entendue dans un autre stade parisien) de l’orphéon municipal parisien.

Des deux ex-amants qui se font face sur le rectangle vert, le Paris FC a certainement la défense la plus sûre en cette première mi-temps. Sans proposer un jeu très offensif on sent une certaine sérénité se dégager de l’équipe, que ce soit dans le jeu court ou d’un point de vue purement athlétique. On comprend leur première place au classement. Le Red Star se procure pourtant quelques opportunités, notamment par Jérôme Hergault qui slalom dans la surface avant de voir sa frappe écrasée détournée par le dernier rempart parisien. Les deux parties ont exposé leurs arguments. Ils n’ont pu être départagés après 45 minutes de débats. Après la pause les deux équipes sont plus tendues. L’arbitre distribue quelques avertissements. Et puis le Paris FC prend l’avantage par Julien Chevalier qui transperce l’armure de Vincent Planté. Cette ouverture du score pour les visiteurs a un effet bien étrange sur le public local. Il chante encore plus fort. Bauer ou l’architecture Craven Cottage et la ferveur Anfield Road.

« Flic, arbitre ou militaire, qu’est-ce qu’on ferait pas pour un salaire » – Interprétation des chœurs de l’armée rouge.

Tribune Rino
Tribune Rino

Alors que le kop achève son couplet « Banlieue Rouge », pénalty pour le Red Star ! Florian Makhedjouf remet les deux équipes à égalité. Et dans la foulée, sur un corner tiré par Naïm Sliti, Massire Kante place sa tête au premier poteau et donne l’avantage aux locaux. Le stade explose. « On dirait qu’ils sont 25 000 » glisse un photographe à côté de moi.

« A Charléty y’a pas un bruit… » – Concertato audonien

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Stade Bauer – Escaliers menant à la Ligue 2

Le kop d’irréductibles parisiens est réduit au silence. Fin pluvieuse, fin heureuse. L’arbitre clos les débats. Le Red Star l’emporte 2 buts à 1. Si l’on utilise souvent l’expression « les deux clubs se séparent sur un match nul », aujourd’hui pas de conciliation possible à Bauer. Cela ne fait plus aucun doute, ce soir, parisiens et audoniens feront chambre à part.

Cet après-midi, il pleut sur la capitale. De petites gouttes qui comme une caresse te ramènent à la réalité après un spectacle dont tu sors bouleversé. Cet après-midi, pas question de penser à la ligue 2, ni à qui viendra concurrencer le Paris-Saint Germain dans la région, dans un futur hypothétique. Simplement célébrer le moment présent.

Triste Saint-Valentin mais heureux Saint-Ouen.

M.R

Souvenir d’un Superclasico Argentino

Estadio Monumental – Buenos Aires – Argentine – le 25 octobre –

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Remontant la Avenida del Libertador, rue interminable laissant entrevoir le colosse de pierre vieillissant, je repère des familles aux couleurs du club local. Des tracts circulent. La campagne électorale du président du club de River Plate bat son plein. Je me fais discret sous la tension ambiante. Une atmosphère de corruption règne autour du stade. J’aperçois le guichet où des policiers s’agglutinent pour récupérer leur paye des jours de match, des heures sup : une manne lorsque l’on touche 6 000 pesos (650 euros) par mois !

Après la fouille, j’accède à la tribune Centenario derrière le but. Instinctivement, je cherche les supporters de Boca Juniors. Ils sont au-dessus de moi, dans une cage grillagée, détenus pour quelques heures. Dans ce stade, je revois la victoire en coupe du monde 1978 face à la Hollande, les acclamations couvrant les tortures infligées par le régime de Videla. Malgré la vétusté, une chaleur émane de ce lieu où la passion semble exacerbée. La rivalité des deux clubs est palpable : River Plate, le club bourgeois et Boca Juniors, le club populaire.

Si de la Boca et de ses docks respire la pauvreté, le club de River Plate est né dans ce même quartier. Les supporters ruisselant de sueur, au stade plutôt qu’à l’église, adulent leur club, persuadés que les miracles naissent dans la cancha et que les prières ne se justifient qu’au terme du match quand plus personne n’y croit.

Deux heures encore. Un soleil printanier parcourt le stade, une odeur de choripán flotte dans l’air. Ambiance de fête et atmosphère pesante. On s’agite pour ne rien manquer. Je m’installe au hasard dans la partie basse. Une banderole « Boulogne » jaillit en hommage au libérateur Juan de San Martin qui a fini à Boulogne-sur-Mer. Je monte plus haut. Les irréductibles s’agglutinent debout dans le bas de la tribune. Mon voisin de strapontin s’étonne du nombre de touristes pour un Superclasico. Je reconnais en être un et voudrais presque m’en excuser. Nous discutons de nos origines. Il s’appelle Ignacio, Nacho pour les intimes. Un trentenaire aimable, loin de l’archétype du supporter qui, malgré sa haine de l’adversaire, déplore la violence, m’expliquant qu’en face, dans la Cancha Popular, sont rassemblés les « hooligans » de River dénommés Los Borrachos del Tablón, ultra-violents et craints dans toute l’Argentine.

Si Boca Juniors annonce son itinéraire à la police, Los Borrachos del Tablón débarquent sans crier gare, protégés par des sommités proches de la fédération et des pontes de la police qui les laissent agir et organiser des vols durant les matchs. En 2011, les frères Schlenker, leaders de ces supporters, ont été condamnés à perpétuité pour un assassinat.

En ouverture, les espoirs s’affrontent devant une foule peu compacte mais déjà active. C’est un football rapide, technique, fait d’accrochages. Boca s’impose. Un signe peut-être… 16 h 15, le stade explose. Cris, chants, applaudissements : chacun tient son rôle. Une connivence palpable entre tous, derrière leur équipe. Les fumigènes embrasent le Monumental qui n’a jamais aussi bien porté son nom.

Les supporters de River Plate entonnent des chants pour les supporters visiteurs, un hymne aux « Boliviens » insulte raciste visant de lointaines origines indigènes de ces présumés voyous. Quel que soit le pays, les cons se ressemblent. Place au jeu.

À l’entrée des joueurs de River, je doute de la résistance du vieil édifice. Le mouvement uniforme de la foule m’entraîne également. Les joueurs de Boca Juniors entrent à leur tour, conspués. Les supporters de River Plate entonnent des chants pour les supporters visiteurs, un hymne aux « Boliviens » insulte raciste visant de lointaines origines indigènes de ces présumés voyous. Quel que soit le pays, les cons se ressemblent. Place au jeu.

Des stars s’opposent : à River Plate, Ortega et Gallardo. Pour Boca Juniors, le vétéran Riquelme et l’attaquant vedette Palermo. Très vite, une occasion pour River. La foule se lève en silence pour ne pas effrayer le tireur. River bouillonne. Le match est lancé.

Dixième minute, une action époustouflante : succession de passes, louche par-dessus la défense, le jeune Diego, au nom prédestiné, envoie le ballon dans la lucarne. Un but magnifique, mais refusé pour hors-jeu. Le public gronde, Boca souffre, Ignacio est concentré.

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Une barre métallique tombe de la tribune de Boca. Inquiétant. De l’engagement et des gestes excessifs par défi. Les « olés » fusent. Puis Gallardo s’écroule et l’arbitre désigne aussitôt le point de penalty. Ignacio jubile, je reste prudent par expérience. Tout s’accélère. Ortega le tire. Le gardien de Boca Juniors se détend et détourne. Le public s’agace. À deux pas, je repère deux couples. Malgré les maillots de River Plate, une des femmes a applaudi l’arrêt du gardien. Aussitôt les insultes fusent, le match passe au second plan. « Hija de puta, esta del Boca ». Nul besoin d’être bilingue. Ici c’est River Plate, ici on ne plaisante pas. Ils quittent furtivement le stade. Deux minutes plus tard, coup franc pour River. Gallardo s’élance et marque ! Le stade exulte. Ici on dit « GOLAZO ».

C’est la mi-temps. Hamburgers et cacahuètes, journaux lancés en confettis pour accueillir à nouveau les joueurs. La fête ne cesse jamais. River perd un défenseur, Villagra, expulsé pour une agression sur Riquelme. Le visage d’Ignacio se fige malgré le but d’avance. Plus tard, Palermo, surnommé El Loco, égalise à la suite d’erreurs défensives. Le stade se crispe. Peu d’occasions et le poteau sauve el Pato. River peut y croire de nouveau : un carton rouge partout. Caceres, ex-joueur de River, est expulsé pour un violent tacle sur Ortega. Le stade jubile et reprend espoir. Mais la rencontre s’étiole et n’offre qu’accrochages et gestes d’antijeu. À la fin du match, les supporters de River Plate déçus se contentent du résultat. Après une attente interminable, nous quittons le stade. Avalé par une marée humaine qui me broie et me recrache sur l’avenue principale, je rejoins l’auberge à pied, les coordonnées d’Ignacio en poche. Comment imaginer, à cet instant, la descente en deuxième division et la chute de ce club mythique.

M.R

« Mon plus beau match de football… » article publié dans la revue mouvements n°78