Georges Bykadoroff est l’un des rares footballeurs russes à avoir évolué dans le championnat de France. Il occupait les cages du SCO d’Angers, en deuxième division, de 1944 à 1949.  Surnommé le «Cosaque» ou  plus sobrement «Byka», il était arrivé en France «comme ça», était tombé amoureux d’Angers, et y avait même ouvert une salle de sport, qui existe encore aujourd’hui.

STADE FRANCAIS-U. S. NORMANDE COLOMBELLES (4-0)
Georges Bykadoroff en Coupe de France (1937), avec l’USNM face au Stade Français

Fils d’un Cosaque du Don, cavalier fidèle au Tsar, il nait à Rostov en 1918. A la révolution, sa famille s’exile en Grèce, puis gagne la Yougoslavie. Elle traverse la Tchécoslovaquie, et rejoint finalement la France vers 1925. Georges restera à Prague. Il y fait des études secondaires. Il pratique le volley-ball, le hockey-sur-gazon, la natation et voue un culte au développement du corps. C’est en 1937 qu’il rejoint ses parents en Normandie. Georges trouve un emploi de 2e machiniste, puis de soudeur à la Société métallurgique de Normandie (SMN), près de Caen.

L’US Normande, première étape

A côté de son travail, il s’entraîne à  l’US Normande, l’équipe de football de la SMN. Club dans lequel Michel Hidalgo apprendra, quelques années plus tard, à jouer au football. Très vite mobilisé, il passe en zone libre en 1940 pour revenir à la vie civile en juin 1941, un brevet de moniteur d’éducation physique en poche. Marié à une compatriote,  il fait partie de la première vague à être embauchée dans le cadre du Service du travail obligatoire, mais est contraint de se cacher, accusé de sabotage. Il trouve refuge chez un garagiste de Vire. La tentation du football est trop forte. Il occupe le poste de gardien de but du club de la ville, sous un nom d’emprunt : Georges Picard. Vire est évacuée lors du débarquement et la famille Bykadoroff se replie à Cherré, en Anjou.

Le «Russe bondissant»

En 1945 Georges Bykadoroff est recruté par le SCO. Toute la famille s’exporte à Angers. Chaque dimanche, le «Russe bondissant » enchaîne les parades sur les terrains de France. Les journalistes sont dithyrambiques :

France Football du mardi 22 septembre 1948

Brave cosaque va ! Encore un gardien en vedette : l’Angevin Bykadoroff. Les Nantais estiment qu’il sauva son club de la défaite. Brave cosaque va ! Mais le Slave sut charmer ses adversaires […]Ainsi Angers cueillit deux points qui lui permettent de tenir compagnie à Rouen et Lens. Une compagnie dont Camille Cottin espère se séparer bientôt. A son avantage, évidemment !

STADE FRANCAIS-U. S. NORMANDE COLOMBELLES (4-0)
Georges Bykadoroff bondit pour capter la balle, sur un terrain à la limite du praticable.

France Football du Mardi 11 janvier 1949

Il ne fait pas de doute que si Georges Bykadoroff ne s’était pas trouvé là, Angers eût pris un «carton» maison devant Reims. Le natif de Rostov-sur-le-Don venu en France « comme ça »,  voilà une douzaine d’années, a fait un match fantastique. «Byka» est à Angers depuis quatre saisons. « J’y resterai jusqu’au moment où je trébucherai sur ma barbe», dit-il. «Byk » a 29 ans et il se rase tous les trois  jours. Calculez son séjour au SCOA.

Le culte du corps

Recruté par le Stade Olympique Montpelliérain en 1949, il participe au championnat de France de première division 1949-1950. Mais à  l’issue de l’exercice, le club est relégué en deuxième division. Agé de trente-deux ans, Georges Bykadoroff met un terme à sa carrière. Il regagne Angers en 1953, où il devient entraîneur de la section football de l’Intrépide – poste qu’il occupera pendant dix ans –  maître-nageur et instructeur de culture physique au SCO, puis maître-nageur à la première piscine d’Angers – la Baumette – ouverte le 18 juillet 1959. Deux ans après son retour, il ouvre sa salle de culture physique au 19 rue Faidherbe. Le football est derrière lui. Mais avant la nouvelle saison 1959-1960,  journalistes et supporters spéculent :

France Football du mardi 16 juin 1959

ENTRAINEUR : le maintien de Maurice Blondel est réclamé par 75 % des supporters. Mais on note certaines réserves (« il faudrait qu’il soit plus sévère avec les joueurs » ; « on pourrait lui adjoindre un homme spécialement chargé de la musculature des joueurs et cet homme pourrait être l’ancien « Scoïste » Bykadoroff qui possède une salle d’Education physique à Angers »).

Le 30 octobre 1984, il cède son établissement. Il décédera dans sa 72e année, au début de janvier 1990. Son institut de culture physique existe toujours, au 19 rue Faidherbe, sous l’enseigne Myosine.

M.R – Photographies issues des archives de L’Equipe.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s