Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) – Stade Bauer – 14 février 2015 – Red Star//Paris FC

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On pourrait croire que le couple bat de l’aile au moment ou le décalage entre les deux individus est trop important. Un rang d’écart au classement n’est pas ce que l’on pourrait appeler une incompatibilité d’humeur. L’un, parfois trop carriériste, laisse l’autre de côté et n’a plus que pour ambition, passer à un échelon supérieur, évoluer, se développer d’un point de vue très personnel. Ils partagent la même agglomération, la même vie d’artiste de la passe et du tacle glissé, la même culture et ce goût pour la réussite, pour la victoire.

Au commencement les deux êtres se rencontrent. Ils sont sur un pied d’égalité. Chacun apporte son propre bagage, sa propre histoire et finalement la différence d’âge importe peu. Chacun vante les mérites de l’autre. Modestie non feinte de deux clubs qui savent d’où ils viennent, partis du bas de l’échelle, ayant connu de belles heures, puis retombées dans la discrétion des divisions inférieures.

Cette pudeur qui caractérise les premiers émois de la relation se transforme en méfiance lorsque l’un des deux protagonistes commence à tracer son chemin. Il prend le dessus sur l’autre. Ils s’aiment au fond, reconnaissent leurs similitudes, leur relation est marquée d’un profond respect, puis, avec le temps, ils viennent à se concurrencer. Chacun met en avant ses qualités. Les défauts de l’autre surgissent comme le nez au milieu du visage. La cohabitation devient insupportable.

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Ils se retrouvent aujourd’hui pour régler leurs comptes. Le Paris FC avait déjà quitté la maison en 1978. Une promotion en D1. Il laissait derrière lui un Red Star démuni, en liquidation, sans même une pension alimentaire. Après une longue traversée du désert, le club de Saint-Ouen était parvenu à renouer quelque peu avec son prestige d’antan. Perdu dans les hautes sphères du football français, en manque de repères, le club parisien finissait lui par rentrer à la maison, honteux, mais bien décidé à se laisser une seconde chance.

Pour assister aux retrouvailles entre les deux pensionnaires de National en quête de promotion, rien de plus simple. Au départ de la Porte de Clignancourt, et après avoir poliment décliné les sollicitations des vendeurs de smartphones de l’Avenue Michelet, tournez rue du Docteur Bauer. Faites quelques pas. Vous êtes arrivé. A votre gauche, le stade. Si vous ne le voyez pas c’est que les douze fourgons de CRS vous cachent la vue. A votre droite, un amas verdoyant truste le trottoir de l’Olympic, le bar des supporters du Red Star. Entrée 5 euros, tarif réduit 2,50 euros. Après une fouille appliquée, vous pénétrez dans l’enceinte. Une seule tribune ouverte sur les trois que compte le stade. Les années auront eu raison de la santé du colosse de pierre. Des nuages gris entourent l’enceinte vétuste qui laisse entrevoir quelques immeubles alentours.

Bienvenue à Craven Cottage
Bienvenue à Craven Cottage

Aucun round d’observation. Les supporters des deux clubs se lancent dans une parade. Une séquence de chants ritualisés effectués, de part et d’autre du stade, avant l’ouverture des débats, et ayant pour effet de retenir l’attention de la partie adverse et de le déstabiliser.

« Oh lélé, Oh lala, montre nous ta vache, fais nous la toucher » – Interprétation de l’ensemble vocal parisien.

Le Paris FC évoque un vieil oncle du Red Star pseudo collabo. De son côté, le Red Star pointe du doigt le grand-père supposé facho du club parisien. Les relations sont tendues. Les insultes fusent. Un médiateur, pour qui la priorité est le bonheur des enfants, réclame de la musique pour adoucir les mœurs et étouffer les injures. Il faut dire qu’à l’occasion de cette tentative de conciliation, le Paris FC est venu accompagné d’une trentaine de soutiens, eux-mêmes sous bonne escorte policière. On se souvient trop bien des débordements du match aller.

« Et le Red Star c’est à Bauer » – Interprétation de la chorale audonienne.

Le Red Star a l’avantage du terrain et du nombre. La tribune Rino, (du nom de Rino della Negra, jeune footballeur et résistant du groupe Manouchian, fusillé) est pleine à craquer. Les jeunes pousses des deux clubs sont également présentes dans les travées. On a peine à imaginer que cela puisse dégénérer.

Jeunesse audonienne
Jeunesse audonienne

Les joueurs entrent sur le pré synthétique de Bauer. Si l’issue de la saison est encore lointaine, cette rencontre a un parfum particulier. Un parfum de Ligue 2. Le Red Star arbore sa tenue blanche. La sobriété façon entretien d’embauche. Faut pas se louper. De son côté le Paris FC tente un coup de bluff avec une tenue DDE orange fluo. Peut-être une manière d’intimider l’adversaire et de concurrencer les arbitres. Les regards sont figés, concentrés.

Le match débute. Difficile de se concentrer sur le terrain lorsque des gradins résonne l’âme du club audonien. Le spectacle est ailleurs et sera plutôt maigre sur le terrain en première période. Les supporters locaux remplissent les moments de latence que connait la rencontre. Ils s’appliquent à ne laisser aucune trêve à l’adversaire. Ils l’usent à petit feu.

« Nous sommes les parisiens et nous chantons en cœur… » – Interprétation (déjà entendue dans un autre stade parisien) de l’orphéon municipal parisien.

Des deux ex-amants qui se font face sur le rectangle vert, le Paris FC a certainement la défense la plus sûre en cette première mi-temps. Sans proposer un jeu très offensif on sent une certaine sérénité se dégager de l’équipe, que ce soit dans le jeu court ou d’un point de vue purement athlétique. On comprend leur première place au classement. Le Red Star se procure pourtant quelques opportunités, notamment par Jérôme Hergault qui slalom dans la surface avant de voir sa frappe écrasée détournée par le dernier rempart parisien. Les deux parties ont exposé leurs arguments. Ils n’ont pu être départagés après 45 minutes de débats. Après la pause les deux équipes sont plus tendues. L’arbitre distribue quelques avertissements. Et puis le Paris FC prend l’avantage par Julien Chevalier qui transperce l’armure de Vincent Planté. Cette ouverture du score pour les visiteurs a un effet bien étrange sur le public local. Il chante encore plus fort. Bauer ou l’architecture Craven Cottage et la ferveur Anfield Road.

« Flic, arbitre ou militaire, qu’est-ce qu’on ferait pas pour un salaire » – Interprétation des chœurs de l’armée rouge.

Tribune Rino
Tribune Rino

Alors que le kop achève son couplet « Banlieue Rouge », pénalty pour le Red Star ! Florian Makhedjouf remet les deux équipes à égalité. Et dans la foulée, sur un corner tiré par Naïm Sliti, Massire Kante place sa tête au premier poteau et donne l’avantage aux locaux. Le stade explose. « On dirait qu’ils sont 25 000 » glisse un photographe à côté de moi.

« A Charléty y’a pas un bruit… » – Concertato audonien

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Stade Bauer – Escaliers menant à la Ligue 2

Le kop d’irréductibles parisiens est réduit au silence. Fin pluvieuse, fin heureuse. L’arbitre clos les débats. Le Red Star l’emporte 2 buts à 1. Si l’on utilise souvent l’expression « les deux clubs se séparent sur un match nul », aujourd’hui pas de conciliation possible à Bauer. Cela ne fait plus aucun doute, ce soir, parisiens et audoniens feront chambre à part.

Cet après-midi, il pleut sur la capitale. De petites gouttes qui comme une caresse te ramènent à la réalité après un spectacle dont tu sors bouleversé. Cet après-midi, pas question de penser à la ligue 2, ni à qui viendra concurrencer le Paris-Saint Germain dans la région, dans un futur hypothétique. Simplement célébrer le moment présent.

Triste Saint-Valentin mais heureux Saint-Ouen.

M.R

5 commentaires sur « Le Red Star ne fait pas de cadeau pour la Saint-Valentin »

    1. Ah c’est sympa ! Oui tout est de moi. J’avais réussi à récupérer une accréditation grâce à un ami. (Pas trop difficile en National) C’était la première fois que je « jouais » au journaliste de terrain. Un très bon moment.

      1. Les photos sont vraiment superbes. Bien meilleures que celle que j’avais faites pour mon propre billet sur Bauer… Je lirai d’autres billets 😉

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